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Dans son numéro du mois d’août, le plus ancien des magazines dédiés au modélisme ferroviaire, en s'appuyant sur la superbe réalisation d'un passionné, vient de faire revivre un lieu où le quasi télescopage historique entre rail et route aura émoustillé bien des passions.

- KELEREPUS, septembre 2020. Au cours de la première moitié du 19ème siècle, le chemin de fer a irrigué le territoire de moyens de communication propres à en animer une puissante expansion économique et sociale. Environ un siècle plus tard, l’automobile s’est à son tour propagée, complétant le rôle du rail, lui créant même une concurrence de plus en plus en plus redoutable, surtout après la seconde guerre mondiale.

Depuis cette époque, située pour (beaucoup) simplifier, bien après la révolution française, bien avant l'ère du smartphone (et surtout les 200 dernières années), la Bastille a longtemps tenu une place dont l’importance se perd désormais dans certaines jeunes mémoires. Ce fut une très longue vie de faubourgs durant laquelle la capitale vibrait d’une activité laborieuse intense. Ses responsables ne songeaient pas encore à consacrer ses avenues et ses bords de Seine aux patins à roulettes et aux fraîches promenades mi-loisirs mi-remise en forme. Un dédale de rues s'ouvrait sur mille et une cours effervescentes, grouillant d'ateliers où les heures de travail semblaient ne jamais prendre fin. Le métal, le bois, le cuir, tout se travaillait depuis l'éternité, et justement, aux alentours de la gare de la Bastille, ce lieu de rude labeur attirait quotidiennement une main d’œuvre dont l’ampleur échappe à l’imagination de notre confortable présent. Au début du siècle dernier, avant la première guerre mondiale, la brasserie voisine, (qui fut un temps rôtisserie, puis "pub" chic et accueillant, dont l’enseigne "A la Tour d’Argent" a dû être changée suite à un triste pataquès juridique résultant de la construction de l’Opéra Bastille) écoulait chaque matin ses 6.000 croissants. Un repère significatif...

Ambiance vapeur en centre-ville...! Sur ce plan, la gare de la Bastille n’avait pas le monopole parisien. Montparnasse, Gare de l’Est, Gare du Nord, gare Saint Lazare et autres, toutes faisant pénétrer le train au cœur de la ville, avaient leur onctueux mélange de fumée et de parfum charbonneux. Mais à la Bastille, dans un espace plus réduit et convivial, ses plaques tournantes, son itinéraire sur un cheminement en hauteur dominant l’avenue Daumesnil (quelques voûtes ayant notamment accueilli le magasin Surcouf), le spectacle avait à la fois un pouvoir de fascination et un charme inégalés.

Alors que s'écoulent les 30 glorieuses et son mémorable plan (65, 70, 75, vieux souvenir), voilà le RER qui s’installe. La ligne allant vers la banlieue est "RERisée", sa section urbaine supprimée. La petite gare est de ce fait reléguée au rang de monument inutile. Sa silhouette dans l’angle nord-est de la place reste ancrée dans les regards, avouant une majesté surannée, dont la stature apparaît comme miniaturisée face aux réalisations parisiennes de cette époque, vers Montparnasse, Beaubourg, etc. C’est à ce moment que ce lieu, devenu espace d’accueil pour des salons et événements ponctuels parfois fort éphémères, est remarqué par les adeptes d’un dada nouveau. Avec le temps qui passe, les automobiles qui ont accueilli les culottes courtes des bambins du baby-boom et de leurs parents se parent d’une sensation d’intérêt et de nostalgie. La collection d’anciennes prend du poids. Elle cherche à s’exposer. Prenant place là où la vapeur n'est plus, l’automobile d’hier s’installe non sans une sympathie complice pour une ambiance rétro que le bâtiment ne peut dissimuler, et que des planchers qui craquent amoureusement confortent. Rétro, mobile, Rétromobile fait ses premiers pas.

De sorte que, dans un scénario non préparé, l’automobile semble avoir en ce lieu, comme dans la "vraie vie", bousculé le rail. Semble seulement. Car si l'auto est venue à la Bastille, elle n'en a en rien délogé le train dans un inamical télescopage. Celui-ci en avait été chassé par les planificateurs, permettant à sa concurrente routière de s'installer dans un espace abandonné. Presque une affaire de squatter...!  Si dès les années 1920, l'auto avait commencé à s'octroyer un rôle majeur dans les déplacements des individus, ce n'était que les débuts d’un conflit qui dure encore, dans une adversité supposée entre la route et le rail, deux voies qui devraient plutôt être vues sous leurs aspects complémentaires, lesquelles, d’ailleurs, doivent aussi faire équipe avec la "troisième" voie, celles des airs. La vieille gare aurait pu servir autrement, avec le rail pour ligne de conduite. Des projets de raccordement avec d'autres vestiges ferrés parisiens ont été élaborés. Les gens d'en haut, tout en haut, ont opté pour un opéra, ce dont il n'est toujours pas certain que la capitale avait un besoin impérieux. 

 

Tag(s) : #- ACTUS, #- (RE) Découverte

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